Paradoxe


Pierre Bayard

Le Titanic fera naufrage


2016
176 pages
ISBN : 9782707329790
16.00 €


A l’image du romancier américain Morgan Robertson, qui raconta le naufrage du Titanic avec quatorze années d’avance, les créateurs semblent disposer d’un accès privilégié vers l’avenir, qui leur permet d’anticiper les guerres, les dictatures ou les catastrophes naturelles.
Prendre la mesure de cette capacité prémonitoire ne devrait pas seulement inciter à leur confier des responsabilités politiques et à les associer aux recherches de la science, mais aussi à remettre en cause notre lecture des œuvres ainsi que notre représentation de l’histoire littéraire et artistique.

ISBN
PDF : 9782707329813
ePub : 9782707329806

Prix : 11.99 €

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Laurent Lemire, Livres Hebdo, vendredi 23 septembre 2016

C’est arrivé demain

De Poe à Houellebecq, Pierre Bayard s’intéresse aux capacités prédictives de la littérature

La littérature peut-elle prédire l’avenir ? Cette question est bien dans l’esprit de Pierre Bayard, ce psychanalyste qui allonge les livres pour faire parler les lecteurs. Le fil rouge de cette nouvelle étude est constitué par le roman de Morgan Robertson, Futility. Publié en 1898, ce récit raconte Le naufrage du Titan (Corsaire, 2000), un paquebot qui heurte un iceberg quatorze avant celui bien réel du Titanic.
Pierre Bayard repère d’autres prédictions chez Poe, Verne, Kafka, Tom Clancy Frankétienne ou Houellebecq qui dans Plateforme décrit en 2001 un attentat qui ressemble à celui qui se produira à Bali en 2002. Que titre de ces étranges similitudes ? Que l’avenir est pour une part écrit dans ce que nous lisons ? Qu’il existe des univers parallèles comme le suggère la physique quantique et que le temps ne s’écoule pas à la même vitesse pour les esprits capables de le saisir comme on capture un papillon ?

Pierre Bayard circule avec malice dans ces interrogations. La littérature n’est plus envisagée par lui comme territoire du je, mais comme aire de jeux, d’hypothèses et de conjugaisons nouvelles. Il prend systématiquement les textes par l’autre bout, convoque la fin avant le début.
Le Titanic fera naufrage est le dernier volume d’une trilogie commencée avec Demain est écrit (Minuit, 2005) où il était déjà question de Kafka anticipateur des régimes totalitaires et Le plagiat par anticipation (Minuit, 2009) dans lequel il envisageait que Sophocle ait pu être influencé par Freud. Avec son humour pince-sans-rire, Pierre Bayard explique que la littérature est une chose trop sérieuse pour la laisser aux écrivains. Les professeurs aussi doivent s’en saisir, à condition qu’ils soient espiègles. La littérature comme diseuse de bonne aventure ? Après tout, c’est futé. Pierre Bayard laisse planer le doute. En filigrane, il laisse entendre que si la littérature ne prévoit pas l’avenir, il est difficile d’envisager l’avenir sans elle.

Baptiste Liger, Lire, Octobre 2016

Mort à « prédit »

Une étude sidérante sur les catastrophes bien réelles prédites par les écrivains des années avant que ne se produisent les faits

Toute œuvre littéraire ne serait-elle pas de l’anticipation ? On peut rétrospectivement l’envisager, lorsque la réalité rattrape ce qui est décrit dans un roman, publié à une date antérieure. Cet effet de relativité passionne l’essayiste Pierre Bayard qui, après Demain est écrit et Le Plagiat par anticipation, explore à nouveau ces étranges ressemblances temporelles – notamment en ce qui concerne les drames et catastrophes. Le Titanic fera naufrage doit d’ailleurs son titre à une brève fiction d’un certaine Morgan Robertson. En 1898, il avait signé Futility, narrant le naufrage d’un paquebot ayant croisé la route d’un iceberg, en plein milieu de l’océan Atlantique. Le nom du bateau ? Le Titan. Tout ceci ayant été consigné sur papier un peu moins de quinze ans avant la tragédie du Titanic. Comment expliquer ce hasard ou, pourquoi pas, cette « précognition » ? Voilà tout l’enjeu du nouveau petit bijou de Pierre Bayard qui, non content d’égrener les anecdotes édifiantes, différencie avec précision et une juste distance le caractère prémonitoire de ces textes.
S’il décrit déjà les mécanismes du totalitarisme stalinien dans Le Procès ou Le Château, Franz Kafka (mort en 1924) ne pouvait pas alors connaître les pratiques du régime communiste, mais il était peut-être en mesure de pressentir « le type de société [vers lequel] pouvait dériver l’Europe ». Voyant se profiler les enjeux scientifiques du lendemain, Jules Verne avait naturellement songé à la possibilité de voyager jusqu’à la Lune, mais il avait déjà envisagé des désastres écologiques comme « l’élévation du niveau de l amer à la suite du réchauffement climatique » dans Sans dessus dessous, paru en 1889. On pourrait également citer les attentats à Bali prédits par Michel Houellebecq dans Plateforme ou l’attaque d’un monument américain par un terroriste détournant un Boeing imaginée par Tom Clancy dans Dette d’honneur, signé sept ans avant le 11 septembre 2001.
A partir de es cas sidérants, l’essayiste cherche à comprendre les hypothétiques raisons de ce vrai-faux hasard, à l’aide des concepts d’« anticipation dormante » ou d’« effet râteau ». Analysant aussi d’autres arts, il montre au passage la différence entre la prédiction, la prémonition et la prévision. Enfin, Bayard nous rappelle qu’une œuvre existe aussi pour nous mettre en garde contre les dangers. Certains événements ne sont-ils pas évités parce qu’un romancier a justement su les décrire avant qu’ils ne surviennent ?

Julie Clarini, Le Monde, vendredi 16 décembre 2016

La littérature, bouée de sauvetage

Entrer dans un livre de Pierre Bayard, c’est toujours pénétrer dans un monde un peu vertigineux, où l’humour le dispute au sérieux, à moins que ce ne soit le contraire. De cette incertitude initiale, jamais résolue, naît l’envie pressante d’y retourner voir : ça tombe bien, chaque année ou presque, un nouvel ouvrage paraît. Publié cet automne, Le Titanic fera naufrage s’inscrit dans une veine déjà connue du théoricien. La puissance de prédiction de la littérature, au cœur de cet essai, avait déjà été explorée dans Demain est écrit (Minuit, 2005) et Le Plagiat par anticipation (2009).
Rendu célèbre au-delà des cercles universitaires par Comment parler des livres qu’on n’a pas lus ? (Minuit, 2007), Pierre Bayard construit depuis plus de vingt ans une œuvre théorique et réjouissante – ce n’est pas antinomique – qui s’affirme aussi comme un univers proprement littéraire, doté d’un style singulier, de constructions soignées et de son lot d’obsessions. Parmi les marottes de l’auteur, citons l’expérimentation à même l’œuvre (pénétrer dans la fiction pour en changer le cours), la réattribution de livres à d’autres auteurs que ceux fixés par l’histoire littéraire ou l’influence de l’avenir sur le passé. Le « Titanic » fera naufrage développe précisément l’idée que la littérature ne s’inspire pas seulement d’événements passés et présents, mais également  à venir : elle est pleine de « traces annonciatrices » ou même d’« anticipations dormantes » - ainsi définies dans le lexique, au cas où la formulation vous égarerait : anticipations d’un événement qui ne s’est pas encore produit. De l’humour, toujours de l’humour…
Et du très sérieux. Car il s’agit d’un fait incontestable : à plusieurs reprises, la littérature a prédit la catastrophe. Le cas du Titanic (naufragé en 1912) est bien répertorié : au moins huit récits du désastre ont été écrits avant qu’il ne se produire, certains le décrivant avec une précision qui laisse pantois. A moins de se résoudre à cette conjecture : la réalité s’inspire de la littérature. Sinon, comment Morgan Robertson aurait-il pu savoir en 1898 que, après le choc d’un paquebot contre in iceberg, l’eau allait entrer par la salle des machines e que certains voyageurs, piégés dans leurs cabines, crieraient et appelleraient au secours ? De même, comment William Thomas Stead aurait-il eu l’idée, dans sa nouvelle de 1890, de raconter le naufrage d’un navire commandé par un personnage connu du monde de la marine, Edward Smith, précisément celui « qui commandera plus tard le “Titanic” avec lequel il disparaîtra » ?
Il faut bien que quelqu’un ait copié… Le soupçon plane. On flotte – rien d’étonnant, Pierre Bayard est aussi psychanalyste. A nouveau, nous sommes pris dans les rets de l’incertitude. Inouï renversement ou renversante découverte ? L’auteur étaye son hypothèse avec des exemples tirés des œuvres de Kafka, Jules Verne, Poe, Dany Laferrière ou Michel Houellebecq. Et Tom Clancy est convoqué, bien sûr, l’écrivain américain dont les avions s’étaient lancés contre le Capitole cinq ans avant que l’idée eût germé dans la tête de Ben Laden.
Après une première classification de ces cas de prémonition, puis l’avancée de quelques explications (dont une loyale discussion avec la théorie des coïncidences), il s’agit d’en tirer les « conséquences pratiques ». Car si la littérature peut nous sauver (mieux et pus durablement que le shiatsu ou l’adoption d’un régime méditerranéen complet), autant en profiter. Que vite « les politiques prennent toutes les dispositions leur permettant d’interpréter avec rigueur les interprétations qui leur sont proposées » ! Que vite les scientifiques écoutent les créateurs qui sont si clairvoyants sur les périls de leurs inventions !
Sans compter (plus sérieusement ?) qu’il serait temps, pour la critique littéraire, de savoir reconnaître dans les œuvres les « figures-avant », ces formes linguistiques ou visuelles qui « mettent en scène les éclats de temps surgis de l’avenir ». Car un artiste, dont la sensibilité fait un bon sismographe de son époque, puise son inspiration autant dans ce qu’il vivra que dans ce qu’il a vécu. C’est ainsi que Pierre Bayard en vient à proposer « une double cartographie, à la fois des œuvres qui nous ont déjà montré leu potentiel annonciateur et des zones géographiques ou des périodes à risque que leur rassemblement désigne à l’intelligence ». Voilà qui nous aiderait, plaide-t-il, à « penser l’impensable ». Dans l’univers de Pierre Bayard, il y a toujours une énigme. La littérature est une manière de se colleter avec.

Lire l'article de Jacques Dubois, "Pierre Bayard : les écrivains au pouvoir !", Diacritik, 25 octobre 2016

 




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