Essais / Hors collections


Gilles Deleuze

Périclès et Verdi

La philosophie de François Châtelet


1988
32 pages
ISBN : 9782707311870
6.10 €


François Châtelet est mort en décembre 1985. Deux ans après, le Collège de philosophie lui rendait hommage au cours de deux journées où, philosophes, journalistes, comédiens et musiciens sont venus évoquer ou analyser la vie et l’œuvre du penseur.
La dernière table ronde devait aborder la crise de la raison. Gilles Deleuze fut le dernier à parler et c’est le texte qu’il a prononcé qui est publié.

François Ewald (Magazine littéraire, septembre 1988)

Hommage à François Chatelet
 
 Gilles Deleuze a connu François Chatelet à la Libération lorsqu’ils faisaient leurs études de philosophie à la Sorbonne. En 1969, Gilles Deleuze rejoindra le département de philosophie de l’Université de Vincennes–Paris VIII, dirigé par François Chatelet. Dans Périclès et Verdi, il rend hommage à son ami disparu.
Périclès et Verdi. Quel rapport possible entre le nom d’un général athénien du Ve siècle avant Jésus-Christ et celui d’un compositeur italien d’opéra du XIXe siècle après Jésus-Christ ? Ces deux noms désignent deux points, ou plutôt deux lignes, deux vecteurs d’un agencement remarquable : la philosophie de François Chatelet.
Périclès, la “ passivité ” de Périclès à travers son échec athénien, qui est aussi celui de la démocratie, c’est le pathos dans la raison, le désespoir du monde, l’éventualité du désastre : “ Si les hommes ne cessent de se démolir, il vaut mieux peut-être se détruire soi-même dans des conditions agréables ou même romanesques ” (p. 12). Mais le désastre, la démolition n’ont pas de valeur en soi ; comme tels, ils ne sont capables que d’engendrer le faux pathos de la belle-âme qui vit du malheur qu’elle dénonce. Il faut prendre leur existence, leur possibilité toujours actuelle, comme mesure. Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? C’est la manière dont François Chatelet poursuit la mort des dieux, se défait de toute transcendance et, en particulier, de celle d’une raison pure.
François Chatelet se dit rationaliste. La raison, chez lui, est d’abord une exigence : passage de la puissance à l’acte qui empêche le chaos, détourne du désespoir, permet des rapports humains qui ne condamnent aucun à la passivité, mais permettent à chacun d’actualiser sa propre puissance. C’est pourquoi, dans le rapport à l’autre, la raison est politesse et bonté : politesse parce que condition d’une égalité vraie avec autrui, bonté parce que capacité à le sortir du désespoir, à lui offrir la chance d’actualiser la puissance qui est en lui.
Actualiser la puissance ou devenir actif : il y va de la vie et de son prolongement, comme de la raison et de son processus, une victoire sur la mort, puisqu’il n’y a pas d’autre immortalité que cette histoire au présent, pas d’autre vie que celle qui connecte et fait converger les voisinages. Chatelet l’appellera “ décision ”, et toute sa philosophie est “ une philosophie de la décision, de la singularité de la décision ” (p. 20). Verdi. La musique. Parce que la musique est l’image de la raison. Mieux, la raison en acte. La musique est devenir actif, événement, décision. Elle fait le mouvement. Elle fait exister quelque chose à partir de rien ; elle retarde le désastre, suspend la démolition.
Périclès ? Un opéra de Verdi que vous voulez connaître. Il ne tient qu’à vous : lisez François Chatelet. 

 

Du même auteur

Poche « Reprise »

Livres numériques

Voir aussi

* Conclusions sur la volonté de puissance et l’éternel retour, dans Cahiers de Royaumont, Nietzsche, dir. Gilles Deleuze (Minuit,1966).
* L’ascension du social, postface à La Police des familles, de Jacques Donzelot (Minuit, 1977 et Reprise , 2005).
* L’Épuisé , dans Samuel Beckett, Quad et autres pièces pour la télévision (Minuit, 1992).

Sur Gilles Deleuze :
* Vincent Descombes, Le Même et l’autre (Minuit, 1979).
* David Lapoujade, Deleuze, les mouvements aberrants (Minuit, 2014).




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