Romans


Tanguy Viel

L'Absolue perfection du crime


2001
176 pages
ISBN : 9782707317650
12.05 €
30 exemplaires numérotés sur Vergé des papeteries de Vizille
* Réédition dans la collection de poche  double  n°36


Marin, Andrei, Pierre, c'étaient tous des caïds.
Et dans ce monde de traîtres, leur disait l'oncle, pour que la “ famille ” survive, il faut frapper toujours plus fort. Alors quand Marin est sorti de prison, lui, le neveu préféré, il a dit : le hold-up du casino, ça nous remettrait à flot.

ISBN
PDF : 9782707326898
ePub : 9782707326881

Prix : 6.99 €

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Josyane Savigneau (Le Monde, 19 octobre 2001)

Une bien étrange « famille »
 
« Pour aller plus loin dans ces singulières retrouvailles, dans ce règlement de comptes qui est, au fond, familial – comme si l’oncle avait vraiment fait de son petit gang une famille avec ce que cela porte de violence quand l’un se sent trahi –, il faut suivre Tanguy Viel, qui mène avec une belle maîtrise cette course-poursuite qu’on lit avec une sorte d’urgence, tant ce qui la motive – la vengeance – est effrayant. Au dernier moment « le vent était tombé, constate le narrateur, (…) comme si même le ciel voulait qu’on règle nos comptes sans lui »…

Fabrice Gabriel (Les Inrockuptibles, 21 août 2001)


Le coup du siècle
L'Absolue perfection du crime, troisième roman de Tanguy Viel, pousse encore plus loin un travail sur les codes et les images entrepris par un jeune écrivain atypique. Qui revisite ici un mythe absolu et absolument moderne : le hold-up.
 
« Viel, en allemand, signifie beaucoup. Tanguy Viel n'a rien de germanique : il est né à Brest et vie aujourd'hui à Nantes, après un détour par le Berry puis Tours. Mais on devine beaucoup de mer dans les rares silences de ce jeune homme souriant qui aime Conrad et Melville autant que Beckett et Blanchot. Pères et mer, donc. On lui sait aussi beaucoup de dons, et sans doute beaucoup d'avenir, depuis qu'on l'a découvert en 1998 avec Le Black Note, un premier roman qui aurait dû s'appeler My Favorite Things, en hommage au quartette de John Coltrane. Jérôme Lindon n'avait pas voulu de ce titre, mais bien d'un livre qui révélait une écriture prête déjà à la réflexivité, au retravail des clichés. Tanguy Viel avait vingt-cinq ans, et l'impatience obstinée d'un pur écrivain, soucieux des formes et de leur histoire, doué d'une intelligence narrative assez phénoménale. Cinéma, son deuxième roman publié en 1999, confirmait cette impression, en réussissant une sorte de pari romanesque un peu fou : tout le livre était construit à partir du dernier film de Joseph Mankiewicz, Le Limier, dont le déroulement finissait par se confondre avec la vie du narrateur. À la fois exercice de style virtuose et réflexion en abyme sur la représentation, Cinéma témoignai d'un goût très fort pour les dispositifs fictionnels, comme si l'auteur s'interrogeait sur l'après possible de la postmodernité…
L'Absolue perfection du crime, qui paraît aujourd'hui, semble pousser plus loin encore ce travail de recyclage des codes et des images, puisque ce n'est plus une œuvre particulière, mais une sorte de mythe moderne que revisite cette fois Tanguy Viel : le hold-up. Pas n'importe quel hold-up : le casse d'un casino, coup du siècle potentiel qui a fourni au cinéma quelques-uns de ses meilleurs scénarios. Le point de départ, le voilà : un cambriolage, prévu pour être le dernier et donc le seul parfait, conçu par une petite bande de bras cassés, avec ce qu'il faut de rivalité et de violence, de bord de mer et de famille vaguement mafieuse, d'alcool fort et de sentiments crus. Des poncifs, donc. Mais aussi les ingrédients d'un formidable travail d'écriture.
Le livre a d'abord pour soi l'absolue perfection à suspens où même les poursuites en voiture ont un air d'intelligence. De passage à Paris, installé à une table du Saint-Malo, Tanguy Viel sourit quand on lui dit que son roman aurait pu s'appeler Casino : “ Mon fichier d'ordinateur s'appelait Casino, et c'est resté très longtemps un titre préparatoire. Mais il y a le film de Scorsese, et après Cinéma j'avais peut être envie de rompre avec quelque chose de cet ordre… Il faut dire que Cinéma m'a un peu coincé dans mon travail. C'était presque une impasse, dans la mesure où il y avait un principe formel très fort : j'avais fini par radicaliser inconsciemment l'idée que l'écriture n'était que de la mise en scène et que le scénario, on s'en fichait. J'ai écrit alors quelque chose qui tournait un peu à vide, parce que j'étais dans l'idée d'une écriture dont la chair, la consistance, n'importait pas : c'était très mauvais ! Donc je suis parti vers autre chose, avec un scénario, des personnages, un décor, beaucoup de notes… La matrice est venue assez vite, avec l'influence des films de gangsters, ceux de Ferrara, de Scorsese ou de Kitano, que j'adore, ou des thrillers plus anciens des années 50. Il n'y a pas de modèle précis, cette fois, même si j'ai beaucoup pensé à Nos funérailles d'Abel Ferrara. ”
Qu'on ne fasse pas pour autant de Tanguy Viel un spécialiste du cinéma : rien ne l'agace plus que d'être réduit à une sorte de formalisme citationnel. S'il emprunte des références à une certaine mythologie contemporaine – le film de genre ou le jazz de Coltrane (“ mais ça aurait dû être le Velvet Underground ”, précise-t-il au sujet du Black Note) –, c'est pour toucher à l'universel. De fait, au-delà de son brio stylistique et de ses scènes de bravoure – dont une reconstitution du casse déjà anthologique –, L'Absolue perfection du crime reste un drame familial, où les personnages incarnent à leur manière l'éternelle tragédie du destin. Comme dans les romans précédents, on trouve chez ces médiocres gangsters bretons l'expression d'un idéal presque abstrait – ou métaphysique – qui se confronte durement à l'obstacle du réel. On n'est pas étonné alors d'entendre Tanguy Viel citer Cervantès, Dostoïevski ou Conrad, dont Lord Jim est devenu dans le roman le nom d'un bar… “ Koltès disait que Conrad est génial parce qu'il a réussi à mettre en scène le drame des hommes sur la mer. Ce qui compte dans l'expression, c'est bien sûr le drame des hommes. Dans mon écriture, il y a sans doute des structures archaïques qui reviennent, une sorte de conflit oedipien avec une figure tutélaire, presque paternelle. Ca touche aussi à quelque chose de purement biographique : le décor de la Bretagne, c'est celui de mon enfance, et la figure du « parrain », ce vieil oncle qu'il faut aller voir le samedi après-midi, c'est quelque chose que j’ai vraiment connu, même s'il n'était pas du tout gangster. Laurent Mauvignier, qui est un ami, m'a dit que ça lui faisait penser à la Sicile en Bretagne. ”
La formule est juste : L'Absolue perfection du crime réussit à réinventer les paysages de la mythologie des gangsters. C'est aussi un livre de couleurs, de lumières, d'atmosphère : tout le contraire d'un pur exercice théorique. (…) L'Absolue perfection du crime propose une passionnante expérience de l'altérité : ses personnages se dédoublent, s'aiment ou se disputent magot et héritage, mais jamais ils ne sont quittes de leurs dettes, à leur territoire d'enfance comme aux mythes qui ont fondé leur idéal. Ce pourrait être une métaphore de l'écriture, à la recherche de cet impossible absolu du livre… C'est en tout cas une invitation à la rencontre : celle de Tanguy Viel, d'abord, dissimulé dans les marges marines d'un roman formidable, qui ne devrait pas rester sans lecteurs. Il en mérite beaucoup. »

Marie-Laure Delorme (Le Journal du Dimanche, 26 août 2001)

Tanguy Viel, l’absolue perfection
Son troisième roman est un chant crépusculaire sans aucune fausse note
 
« Il y a quelque chose qui tient à l'essence même de la littérature. Un assemblage parfait entre des éléments – une écriture et une histoire, un style et un propos – se sublimant les uns les autres. Le livre devient alors rencontre singulière, choc frontal. Croisée des mondes. L'Absolue perfection du crime est un chant crépusculaire sans aucune fausse note. Rien ne vient troubler l'étrange fluidité du récit. La rareté des dialogues – des sourires ambigus, des regards lourds, des gestes brusques font office de paroles – accentue cette impression de film muet. Extraordinaire rencontre entre deux anciens amis. “ Et il souriait toujours, et je le lui rendais, je forçais mes lèvres à s'étirer, qu'il ne sache rien, de mes écarts intérieurs, de mes tourbillons, des spirales et des nœuds formés sous mon crâne, rien. ” Tanguy Viel – né en 1973 à Brest – a écrit un roman âpre et plein où l'écriture éclate comme des taches de soleil. (…)
L'Absolue perfection du crime métamorphose, par la grâce d'une écriture si travaillée qu'elle en devient oublieuse d'elle-même, un classique polar en une œuvre littéraire. Le roman fait songer à ces films de série B des années 50 devenus, par le génie d'un metteur en scène, des chefs-d'œuvre du cinéma mondial. Les références sont nombreuses. On se trouve à la fois dans un film d'action de Jean-Pierre Melville (univers masculin, silencieux et orgueilleux, traversé par la silhouette lointaine de Jeanne) et dans un pur roman ciselé avec finesse (l'histoire, découpée en trois actes, est construite de manière étourdissante). Les poursuites sont décrites comme des ballets sanglants. Il y a, dans la confrontation des personnages, une tension soulignée par la description minutieuse des gestes et des réactions. Toutes les scènes de genre sont présente (les retrouvailles, les préparatifs, les trahisons, les vengeances) mais renouvelées par le regard insolite d'une jeune écrivain.
Le roman est à la fois jubilatoire et profond. Tanguy Viel brasse, à travers une histoire de truand de province, divers thèmes. L'Absolue perfection du crime est ainsi une réflexion sur la liberté, le passé, l'honneur, la trahison. La manière dont nous creusons, jour après jour, notre propre tombe. (…)
L'auteur du Black Note et de Cinéma (Éditions de Minuit, 1998 et 1999) a écrit un roman en noir et blanc. Une partition envoûtante sur le passé répété et l'amitié éventrée. On croit être en dehors alors que l'on est dedans. On croit être parti alors que l'on est toujours là. Car le crime parfait n'existe pas. Nulle part et jamais. L'homme ne peut vivre sans laisser de traces, sans laisser derrière lui quelques brisées de son être. »

Daniel Rondeau (L'Express, 13 septembre 2001)

Les choses de la vie
 
« Il va falloir apprendre à compter avec Tanguy Viel, car il ira loin. Son récit est celui de la préparation d'un hold-up par trois jeunes gens. Des personnages troubles, peu aimables (sauf le narrateur, un Petit Meaulnes du milieu), trois ressorts tendus par l'action, rattachés à l'enfance par un certain souci de la pureté et par des règles qui n'appartiennent qu'à eux et les protègent des autres (les adultes, les gens normaux ; autrement dit : le monde des traîtres). Peu de paroles, un silence chargé de violence, des yeux pour sonder les âmes et poser les questions qui sont restées sur la langue, la présence d'une femme intouchable, le poids de la fatalité : “ Tant qu'à faire, on n'a qu'à se déguiser en bagnards… ” Et un enchaînement de plans-séquences construit selon un schéma de tragédie, et livré au lecteur avec une certaine distance. “ Il arrive un temps, on rêve d'autre chose. Mais si soi-même on ne veut pas finir au fond d'une carrière (…), on continue. ” Les personnages de Tanguy Viel habitent des fidélités impossibles, ce sont des hommes qui se déchirent le cœur pour ne pas mourir. »

Nicolas Rey (Le Figaro Magazine, 8 septembre 2001)

Comme au cinéma
 
« Un roman, au montage exceptionnel, au récit tendu, aux images bouleversantes. La scène des préparatifs du hold-up, dans ce hangar où chacun – déjà dans le match – avale son cognac sans un mot, est une scène chargée d'électricité, servie par une écriture blanche comme le stress, nerveuse à en devenir palpable. On tourne les pages avec le creux des mains glissantes d'angoisse en sachant, déjà, que tout finira mal. Voilà peut-être le charme absolu des truands.
Tanguy Viel n'a pas trente ans. Il est fou de cinéma et semble se moquer du reste. Il vit à Nantes et sait déjà que lorsqu'un type est sous contrat, il y a deux sortes d'hommes, ceux qui ont du style, qui restent “ chez eux à attendre et ceux qui partent en courant ”.
Inutile de préciser que Viel est du genre à attendre chez lui. Il en a profité pour faire un fascinant bouquin. »

 




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