Claude Simon



© photo : Nete Goldsmidt

Chronologie

1874. 27 juillet : naissance d'Antoine Louis Eugène Simon, père de Claude Simon, aux Planches, hameau près d'Arbois dans le jura. Claude Étienne Simon, modeste vigneron, et son épouse Joséphine Chazeran ont déjà trois filles : Marie Louise deviendra couturière, Eugénie Joséphine et Émilie Arthémise, institutrices.
1877. 8 novembre : naissance à Perpignan de Suzanne Joséphine Louise Denamiel, mère de Claude Simon. Son père, Alfred Gustave Denamiel, ingénieur des Ponts et Chaussées, mourra en 1879. Sa mère, Louise Marianne Lacombe Saint-Michel, descend d'une famille de tradition militaire, propriétaire de vignobles.
1895. Louis Simon est reçu au concours d'entrée à Saint-Cyr.
1898-1909. Le lieutenant Simon sert à l'étranger dans divers régiments d'infanterie de marine coloniale : Martinique (octobre 1898-juin 1902), Madagascar (octobre 1902-juin 1906), Tonkin (juin 1908-décembre 1909).
1910. 8 février : mariage de Louis Simon avec Suzanne Denamiel.
1912. 21 avril : nommé capitaine au 2e régiment de tirailleurs malgaches, Louis Simon s'embarque à Marseille avec sa femme à destination de Madagascar.
1913. 10 octobre : naissance de Claude Eugène Henri Simon à Tananarive.
1914. Mai : retour en France de Louis Simon, de sa femme et de leur fils unique, Claude. 6 août : Louis Simon est mobilisé à Perpignan, dans le 24erégiment d'infanterie coloniale. 27 août : le capitaine Louis Simon est tué à l'ennemi dans la forêt de Jaulnay, près de Stenay, dans la Meuse.
Claude Simon est élevé à Perpignan par sa mère, avec qui il habite l'hôtel de famille, également occupé par sa grand-mère, par la sœur de sa mère, son mari, Henri Carcassonne, et leurs six enfants. Pendant les mois d'été, toute la famille s'installe aux Aloès, propriété de la famille Carcassonne située près de la mer, entre Perpignan et Canet. Simon passe une partie de l'été, généralement le mois d'août, chez ses tantes Simon à Arbois. De retour aux Aloès, et une fois les grandes vacances terminées, Claude Simon doit prendre le tramway pour se rendre au collège François-Arago, à Perpignan, où la famille ne revient s'installer qu'à la Toussaint.
1919. Claude Simon est emmené par sa mère dans un périple à travers les régions dévastées de la France à la recherche de la tombe de son père.
1922. 19 avril : mort, à Perpignan, de Louise Marianne Denamiel, grand-mère de Claude Simon.
1925. 22 avril : Simon entre au collège Stanislas, à Paris, comme pensionnaire dans la classe de 5e verte. 5 mai : mort, à Perpignan, de la mère de Simon, après une longue maladie. Selon la volonté de sa mère, Simon est placé sous la tutelle d'un cousin germain de celle-ci, Paul Codet, ancien officier de cavalerie et aviateur de combat, fils de Henri Codet, sénateur, et père de Louis Codet, député et écrivain, mort en 1914 des suites d'une blessure de guerre.  Dans ma vie j'ai eu trois familles très différentes, celle de ma mère, celle de mes tantes à Arbois, et celle de mon tuteur. 
1928. Été : Simon fait un séjour linguistique de six semaines à Oxford.
1929. Juillet : Simon passe la première partie du baccalauréat A' : latin sans grec, puis fait un deuxième séjour linguistique, à Cambridge.
1930. Juillet : deuxième partie du baccalauréat, option mathématiques. Simon est renvoyé de Stanislas à la suite d'un chahut. Conformément au désir de sa mère qui souhaitait le voir entrer à l'École navale ou à Polytechnique, Simon s'inscrit en Mathématiques supérieures au lycée Saint-Louis, expérience qui tourne bientôt court.
1931. Il retourne à Perpignan et fait de la peinture.
1933. Simon est à nouveau accueilli à Paris chez son tuteur, Paul Codet, qui deviendra sous-directeur du musée de l'Armée à l'hôtel des Invalides. Il s'inscrit à l'académie d'André Lhote pour suivre des cours de peinture et s'essaie à la photographie. Certaines de ses photos seront publiées en revue avant la guerre, par exemple  Danseuses, dans Verve, n° 4, novembre 1938. Grâce à la revue Le Minotaure, Simon découvre le surréalisme. Pendant les années qui suivent : lectures de Proust, Balzac, Flaubert, Zola, Céline et Joyce.
1934. À vingt et un ans, Simon entre en possession d'une certaine fortune, léguée par sa mère.
1934-1935. Service militaire effectué au 31e régiment de dragons à Lunéville. Depuis l'âge de treize ans Simon monte à cheval.
1936. Simon se met à écrire.  En 36 j'ai écrit un premier roman que j'ai déchiré. 
Avec un ami communiste, Louis Montargès, Simon passe la dernière quinzaine de septembre à Barcelone, alors  aux mains des anarchistes . Pour faciliter ce voyage, il s'était fait faire une carte de membre du parti communiste. Il observe la  révolution espagnole .
Octobre-novembre : Simon participe à l'achat, à Marseille, et ensuite au transbordement dans le port de Sète, d'une cargaison d'armes destinées au gouvernement républicain d'Espagne.  La Norvège avait adhéré au fameux pacte de "non-intervention” et le capitaine [du bateau norvégien] s'est vu interdire de se rendre en Espagne. Quant au capitaine du rafiot (qui s'appelait le Carmen - j'ai encore la photo des deux navires côte à côte dans l'avant-port de Sète...), à l'équipage composé de taciturnes anarchistes, il n'obéissait qu'à une espèce de bizarre aventurier italien baptisé "Commandante” qui se cachait dans un hôtel de Perpignan. 
1937. Printemps et été : voyage à Berlin, Varsovie, Moscou, Odessa. Retour par Istanbul, la Grèce et l'Italie, surtout Arezzo.
Tous les étés, séjours à Perpignan. Simon continue à peindre.
1938. Simon commence la rédaction du roman qui deviendra Le Tricheur. Il en écrira à peu près la moitié avant d'être mobilisé.
1938-1939. Simon découvre Kafka, qu'il lit en français, et Le Bruit et la fureur de Faulkner, paru en traduction française en novembre
1939. 27 août : Simon est mobilisé comme brigadier au 31e dragons. Le régiment passe l'hiver de la drôle de guerre dans les Ardennes.
1940. 10 mai : pour contrer l'offensive allemande en Belgique, la 4e division légère de cavalerie de la 9e armée (commandée par le général Corap), à laquelle appartient le 31e dragons, avance à sa rencontre.
11 mai : le régiment, à cheval, traverse la Meuse, mais face aux chars et sous l'attaque de l'aviation allemande, les cavaliers du 31e vont battre en retraite pendant huit jours.
17 mai : le 1er escadron du régiment tombe dans une embuscade. Simon en réchappe et tente de rejoindre les lignes françaises. Quelques heures plus tard, il voit son colonel se faire abattre en pleine route. Le lendemain il est fait prisonnier et est envoyé au Stalag IV B à Mühlberg an der Elbe, dans le sud du Brandebourg.
Juin : Louise et Arthémise Simon quittent Arbois, fuient à travers la France et s'installent dans la maison familiale de leur neveu à Perpignan.
Octobre : ayant réussi à se faire passer pour un Malgache de souche, Simon est rapatrié en France avec d'autres prisonniers d'origine coloniale. Dès son arrivée dans un camp situé dans les Landes, il s'évade, le 27, et regagne Perpignan.
1941. Simon lit beaucoup : Conrad, Dostoïevski, Tchekhov, tout Proust -  C'est en le relisant, pendant la guerre, que j'ai vraiment apprécié ce géant  –, l'œuvre complète de Balzac. Il continue à peindre.
Avril : Simon termine Le Tricheur.
Simon se lie d'amitié avec des peintres : Raoul Dufy, réfugié à Perpignan, et Jean Lurçat. Par leur intermédiaire, il fait la connaissance d'Edmond Bomsel, copropriétaire des Éditions du Sagittaire, saisies par les autorités comme bien juif. Bomsel lui propose de publier Le Tricheur après la guerre.
1944. Février : ayant rendu quelques services à la Résistance, Simon apprend qu'on va le dénoncer à la Milice. Il quitte Perpignan et s'installe de nouveau à Paris.
19 mars 1944 : Simon assiste à la lecture de la pièce de Picasso Le Désir attrapé par la queue, chez Michel Leiris, mise en scène par Camus, et avec la participation, entre autres, de Sartre et de Simone de Beauvoir.
À partir d'avril, et jusqu'à la libération de Paris en août, l'appartement de Simon, boulevard du Montparnasse, sert de lieu sûr pour un centre de renseignements de la Résistance.
1945. Parution du Tricheur au Sagittaire.
1946. Simon se rend à Arbois pour vendre la maison de ses tantes Louise et Arthémise, qui étaient restées à Perpignan.
1947. Parution de La Corde raide au Sagittaire.
1951. Atteint de tuberculose, Simon est alité pendant cinq mois et restera deux ans physiquement diminué.  J'ai vécu durant cinq mois allongé. Avec pour seul théâtre une fenêtre. Quoi ? Que faire ? Voir (expérience du voyeur), regarder avidement. La vue, la lenteur et la mémoire. 
1952. Parution de Gulliver chez Calmann-Lévy. Pendant sa convalescence Simon écrit Le Sacre du printemps.
1954. Parution du Sacre du printemps chez Calmann-Lévy.
1955. 22 mai : mort d'Arthémise Simon à Perpignan.
Au moment où il écrit Le Vent, Simon prend des photos en noir et blanc, surtout à Perpignan et aux environs ; à partir de 1960, il interrompra pendant quelques années cette activité.
1956. À l'abbaye de Royaumont, Simon fait la connaissance d'Alain Robbe-Grillet, alors conseiller aux Éditions de Minuit, qui lit le manuscrit du Vent et le transmet à Jérôme Lindon.
Visite à Picasso :  Je l'ai connu grâce à Jacques Prévert. C'était à Antibes durant l'été 1956. Je venais de finir d'écrire Le Vent
1957. Septembre : parution du Vent, aux Éditions de Minuit, où seront publiés tous les romans suivants.
1958. Octobre : parution de L"Herbe.
1960. Septembre : parution de La Route des Flandres, qui reçoit le prix de L'Express. Le même mois, Simon signe le Manifeste des 121, qui prône le droit à l'insoumission contre la guerre d'Algérie ; il est inculpé d'injures à l'armée française.
Novembre : Simon témoigne au procès du réseau Jeanson, qui soutenait l'action du F.L.N. algérien.
1961. Pendant l'hiver, Simon assiste à une série de réunions chez Jérôme Lindon, avec Alain Robbe-Grillet, Jean Ricardou, Claude Ollier et Jean Thibaudeau.  Robbe-Grillet avait caressé, je crois, l'idée d'une sorte de dictionnaire. Mais il s'est avéré que nous pensions des choses très différentes. Ce que nous avions en commun, c'était un même rejet du roman traditionnel et une estime réciproque. L'impression de se tenir les coudes, de ne pas être seul. 
11 janvier : Simon donne une conférence à la Sorbonne :  Signification, roman et chronologie .
16 mars : il assiste à un cours au Collège de France, où Merleau-Ponty parle de son œuvre, en commentant notamment La Corde raide, Le Vent, L'Herbe et La Route des Flandres.
Simon écrit le scénario d'un film adapté de La Route des Flandres.  À partir d'un roman comme La Route des Flandres, essentiellement composé d'une suite d'images, il m'a été très facile d'écrire le découpage d'un film où tout (place et mouvement des acteurs, de la caméra, cadrages, décors) est indiqué d'une façon très détaillée. 
1962. Mars : Simon rencontre Réa Karavas, avec qui il se mariera par la suite.
Avril : parution du Palace. Voyage en Italie avec Réa.
Simon publie, dans une traduction par Richard Howard,  Gastone Novelli and the Problem of Language, préface au catalogue d'une exposition de l'œuvre du peintre italien à New York. Simon avait fait la connaissance de Novelli lors d'une précédente exposition à la galerie du Fleuve, à Paris, du 7 novembre au 7 décembre 1961.
1963. Simon commence à remettre en état une maison familiale dont il a hérité à Salses, dans les Pyrénées-Orientales. Il prend l'habitude d'y passer les mois d'été.
6 mars : Simon assiste, au théâtre de Lutèce, à la première de La Séparation, pièce qu'il a tirée de L"Herbe.
Été : Simon donne une conférence à Lahti, en Finlande.
1964. 28 mai : à la suite de la publication dans Le Monde d'une interview où Sartre déclare que :  En face d'un enfant qui meurt, la Nausée ne fait pas le poids, Simon répond dans un article publié dans L'Express et intitulé  Pour qui donc écrit Sartre ? .
Simon publie plusieurs inédits qu'il reprendra, plus ou moins remaniés, dans Histoire, notamment  Correspondance  dans Tel quel.
7 décembre : dans une  Lettre ouverte à l'Union des étudiants communistes  qui paraît dans L'Express, Simon explique pourquoi il a refusé de participer à un meeting avec Sartre et d'autres.
1966. Parution de Femmes chez Maeght : texte de Simon sur vingt-trois trois planches en couleurs de Miró.
1967. Mars : parution d'Histoire, qui reçoit le prix Médicis.
Avril : Simon participe, par une conférence, à un colloque à Vienne intitulé  Littérature : tradition et révolution .
Octobre : voyage en Grèce qui jouera un rôle dans la genèse de La Bataille de Pharsale.
1968. Automne : première visite à New York. Simon découvre la ville, visite le musée d'Art moderne, où il admire, entre autres, des œuvres de Rauschenberg, Nevelson, Buri et Motherwell. Invité par plusieurs universités américaines, il fait alors le tour des États-Unis. Jusque dans les années 1990, Simon fera de nombreux voyages à travers le monde pour donner des conférences ou assister à des colloques.
1969. Mai : doctorat honoris causa de l'université d'East Anglia.
Août : Simon assiste à un congrès d'écrivains qui se tient à Santiago du Chili.
Septembre : parution de La Bataille de Pharsale.
1970. Avril : parution d'Orion aveugle, chez Skira, dans la collection  Les Sentiers de la création  ; un texte de Simon accompagne des photos, des planches et des tableaux de Rauschenberg, Poussin, Dubuffet, Picasso et autres ; le tout est précédé d'une importante préface.
1971. Mars : parution des Corps conducteurs, où s'intègre (hormis la préface) le texte d'Orion aveugle.
20-30 juillet : à Cerisy-la-Salle, colloque sur le Nouveau Roman présidé par Françoise van Rossum-Guyon et Jean Ricardou. Claude Simon y assiste en partie et fait une conférence,  La Fiction mot à mot, qui sera publiée dans les actes, Nouveau Roman : hier, aujourd'hui. En l'absence de Simon, un débat sur le Statut des référents dans le roman révèle une divergence de points de vue entre Simon et d'autres participants, notamment Jean Ricardou et Alain Robbe-Grillet.
1973. Janvier : parution de Triptyque.
1974. Du 1er au 8 juillet : Simon assiste à l'intégralité du colloque  Claude Simon : analyse, théorie, tenu à Cerisy-la-Salle et dirigé par Jean Ricardou. Dans  Claude Simon, à la question, publié dans les actes du colloque, Simon répond aux questions des participants, d'abord par un bref préambule synthétique, puis par des réponses plus ponctuelles.
1975. Février : voyage en Inde. Simon donne des conférences à New Delhi et dans d’autres villes universitaires.
Juin : à partir d'un scénario tiré par Claude Simon lui-même du roman Triptyque, et dans le cadre d'un documentaire sur sa pratique d'écrivain, la Saarländischer Rundfunk tourne, avec la participation de Simon, un court-métrage de douze minutes intitulé Die Sackgaare (L’Impasse).
Simon donne une conférence sur Proust à l'université d'Oslo :  Le Poisson cathédrale .
Septembre : parution de Leçon de choses.
1976. Simon revient à un projet de film tiré de La Route des Flandres. Il fait une demande d'avance sur recettes que lui sera accordée en janvier 1977.  J'ai fait le découpage entier, plan par plan, de La Route des Flandres. La commission d'avances sur recettes m'a accordé la subvention maximum et la dérogation nécessaire pour tourner moi-même le film. Mais aucun producteur n'a jamais été intéressé. 
1978. Dans un placard de l'hôtel familial à Perpignan, une cousine de Simon découvre une correspondance et des papiers concernant la vie et les affaires de leur ancêtre commun, Jean-Pierre Lacombe Saint-Michel, membre de la Convention et général d'Empire.
Septembre : Simon donne une conférence à Göteborg,  Roman, description et action .
1981. Septembre : parution des Géorgiques.
Automne : colloque à New York, organisé par Tom Bishop, avec la participation de Claude Simon, Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute et Robert Pinget. Les romanciers prennent leurs distances à l'égard de Jean Ricardou.
1982. Mai : colloque à Genève. Simon donne une conférence sur Proust :  L'Absente de tous bouquets .
1983. Février : parution, aux Éditions de Minuit, de La Chevelure de Bérénice, qui reprend le texte de Femmes, mais non les peintures de Miró.
1984. Voyage à Moscou.  Il y a quelques années, invité à Moscou par l'Union des écrivains soviétiques, et soumis à leur siège à une sorte d'interrogatoire, j'ai choqué mes hôtes, lorsqu'il m'a été demandé quels étaient les problèmes qui me préoccupaient, en répondant que les plus brûlants étaient au nombre de trois, à savoir : commencer une phrase, puis la continuer, puis la terminer. 
1985. Simon travaille sur L’Acacia.
17 octobre : le prix Nobel de littérature est décerné à Claude Simon.
9 et 10 décembre : Simon prononce à Stockholm le discours traditionnel du lauréat devant l'Académie suédoise et reçoit le prix Nobel.
1986. Mars : parution du Discours de Stockholm aux Éditions de Minuit.
Octobre : invitation au forum d'Issyk-Koul, à Frounze au Kirghizistan, en compagnie de quatorze autres invités de marque, dont Peter Ustinov et Arthur Miller. Simon, seul, refuse de signer le texte collectif de la déclaration finale du forum et exige que certaines modifications lui soient apportées. Lors du voyage de retour, les invités sont reçus par Gorbatchev, à Moscou.
14 et 15 novembre : colloque à Genève, organisé par Lucien Dällenbach. Certaines interventions seront publiées dans Sur Claude Simon, Éditions de Minuit, 1987.
1987. Décembre : parution de L’Invitation.  En feuilletant mes papiers, je suis tombé sur de petites notes que j'avais prises au cours de ce voyage en Union soviétique et j'ai commencé à essayer de les rédiger un peu plus proprement. 
1988. Publication chez Rommerskirchen, à Remagen-Rolandseck, d'Album d'un amateur, tiré à 999 exemplaires, numérotés et signés : textes de Claude Simon sur des dessins et des photos dont il est l'auteur, à quelques exceptions près.
Simon assiste à une réunion des lauréats du prix Nobel à Paris.
1989. Septembre : parution de L’Acacia.
Octobre : doctorat honoris causa de l'université de Bologne.
Octobre-novembre : voyage au Japon.
1992. Parution de Photographies, 1937-1970, chez Maeght. En parallèle : exposition des mêmes photographies à la galerie Maeght, à Paris.
9 avril-4 mai : exposition d'autres photographies à la galerie du Château-d'Eau, à Toulouse.
1993. Octobre : voyages et conférences aux États-Unis et au Canada.
30 octobre : doctorat honoris causa de l'université de Kingston.
1994. Publication de la correspondance de Claude Simon avec Jean Dubuffet, Correspondance, 1970-1984, aux Éditions de L'Échoppe.
1996. Mai : Claude Simon se rend à Arbois. Son nom est donné à une rue du hameau des Planches.
1997. Septembre : parution du Jardin des Plantes.
1998. La Route des Flandres figure au programme de l'agrégation.
2001. Mars : parution du Tramway.
2005. 6 juillet : mort de Claude Simon à Paris.

(Chronologie établie par Alastair B. Duncan, avec Claude et Réa Simon, publiée dans le volume des Œuvres de Claude Simon, Éditions Gallimard,  Bibliothèque de la Pléiade, 2006).


Claude Simon par lui-même.
 Né le 10 octobre 1913 à Tananarive où se trouvent alors son père, officier de carrière, capitaine d'infanterie de marine, quatrième enfant d'un couple de paysans du jura (hameau des Planches, près d'Arbois), et sa mère, appartenant à un milieu de gros propriétaires fonciers, résidant à Perpignan. Mariage considéré comme une mésalliance par la famille maternelle qui impose aux deux jeunes gens d'interminables fiançailles pendant lesquelles le futur père effectuera plusieurs longs voyages au gré de ses successives affectations, au Tonkin et à Madagascar.
Le couple rentre en France à la veille de la guerre et le père est tué au combat le 27 août 19I4, près de Stenay (Meuse). L'enfant est alors élevé à Perpignan par sa mère jusqu'à la mort de celle-ci atteinte d'un cancer. Il a à ce moment onze ans et est placé comme interne au collège Stanislas, à Paris, sous la tutelle d'un cousin germain de sa mère, officier de cavalerie en retraite.
Études secondaires dans cet établissement religieux à la discipline sévère, mais délivrant un bon enseignement. Aptitudes moyennes en français (narration), en latin, puis en mathématiques, option qu'il choisira pour son baccalauréat obtenu à seize ans (messe quotidienne, confession hebdomadaire obligatoire, odeurs d'encre et de réfectoires, sports le jeudi : équitation, puis rugby, athlétisme – premier prix de gymnastique et de dessin). À quinze ans, voyage à Rome, puis séjours en Angleterre (Oxford et Cambridge où se donnent alors alternativement des cours d'été pour étudiants étrangers : canotage, tennis). Se détache de la religion comme d'un fastidieux et contraignant fardeau, sans aucune angoisse ni crise de conscience. Renvoyé de Stanislas à la suite d'un chahut, il entre en Maths Sup au lycée Saint-Louis, puis abandonne. Livré à lui-même, héritier d'une modeste fortune qui le dispense toutefois d'avoir à gagner sa vie, il mène celle-ci d'une façon paresseuse, suivant les cours de peinture de l'académie André Lhote jusqu'à son service militaire effectué comme simple cavalier au 31e dragons, à Lunéville, où l'ennui est cependant compensé par des plaisirs sportifs (cheval, tir). Libéré au mois d'octobre 1935, il se remet à peindre, acquérant peu à peu une culture d'autodidacte au hasard de ses lectures : découverte du surréalisme à travers la revue Le Minotaure, découverte de Kafka, Joyce, Faulkner, Conrad (auparavant, il a fait, avec tout d'abord un certain ennui, la connaissance de Proust qui, par la suite, prendra pour lui une importance majeure). Il s'oblige à la lecture de philosophes, mais sans grand succès, sauf peut-être Spinoza et Husserl, séduit chez le premier par l'ingéniosité de sa forme. Toutefois il les oublie presque aussitôt.
En septembre 1936, il se fait établir par un ami une carte du Parti communiste et se rend à Barcelone alors aux mains des anarchistes. Premier contact avec la violence pure, l'odeur de mort. Il se perçoit confusément comme un imposteur et rentre en France après deux semaines. Resté en relations avec des membres de la C.N.T., il aide (ou se figure qu'il aide) à faire passer clandestinement en Espagne une cargaison d'armes, entrevoit alors le monde des trafiquants et des hors-la-loi. Intéressante expérience que son dilettantisme, son manque de véritables convictions et, partant, d'efficacité, ne lui font pas renouveler. Se remet à peindre. Voyage, fait le tour de l'Europe : Berlin sous les nazis, Varsovie et son ghetto, l'Union soviétique du nord au sud (il se trouve à Moscou lorsque est fusillé Toukhatchevski), Istanbul, la Grèce, l'Italie du Nord (surtout Arezzo). Commence à écrire (préciosités, fadaises). Poursuit cette existence oisive jusqu'à ce qu'il soit mobilisé le 27 août i939 comme brigadier au 31e dragons avec lequel il participe à la bataille (ou plutôt à la retraite) de Belgique. Après l'anéantissement de son escadron et la mort de son colonel, il est fait prisonnier (Stalag IV B, à Mühlberg an der Elbe – Saxe : travail forcé, faim, dysenterie, poux). S'évade en octobre 1940. S'installe alors en zone libre dans l'hôtel de famille, à Perpignan, où il se remet à peindre et à écrire (Le Tricheur). Il rend à l'occasion de menus services à la Résistance, mais en raison de son passé de pseudo-révolutionnaire il est suspecté par la Milice locale et, en danger d'être arrêté, il regagne en 1944 Paris où, pris dans un engrenage de relations, il héberge jusqu'à la Libération dans son appartement un centre de renseignements de la Résistance (M.L.N.) sous les ordres des colonels Vauban et Larry.
En 1945, il publie Le Tricheur aux Éditions du Sagittaire dont il a connu l'un des propriétaires, Edmond Bomsel, collectionneur et amateur de peinture, réfugié à Souillac pendant l'Occupation. À partir de là et à l'exception d'une longue maladie, il continuera à mener une existence partagée entre des tentatives de peinture et d'écriture. En 1956, il fait par hasard la connaissance de Robbe-Grillet qui le persuade de publier son roman Le Vent aux Éditions de Minuit, publication suivie, au cours des années 1950 à 1980, de neuf autres romans ne rencontrant qu'une audience des plus restreintes jusqu'à ce que le 17 octobre 1985 lui soit décerné le prix Nobel de littérature.
Il réside à Paris, et une partie de l'année à Salses, dans les Pyrénées-Orientales. 

(Notice rédigée en 1988 et parue dans Le Dictionnaire : littérature française contemporaine, publié sous la direction de Jérôme Garcin aux Éditions François Bourin en 1988. Une réédition augmentée de cet ouvrage a paru, sous le titre Dictionnaire des écrivains contemporains de langue française : par eux-mêmes, aux Éditions Mille et une nuits en 2004).

Bibliographie (extrait) :
* Le Tricheur, roman (Le Sagittaire, 1945, Minuit, 1957).
* La Corde raide, roman (Le Sagittaire, 1947, Minuit, 1957).
* Gulliver, roman (Calmann-Lévy, 1954).
* Le Sacre du printemps (Calmann-Lévy, 1954).
* Le Vent, roman (Minuit, 1957).
* L'Herbe, roman (Minuit, 1958 et  double  n°9, 1986).
* La Route des Flandres, roman (Minuit, 1960 et  double  n°8, 1982).
* Le Palace, roman (Minuit, 1962).
* Femmes. Sur vingt-trois peintures de Joan Miró (Maeght, 1966, tirage limité).
* Histoire, roman (Minuit, 1967).
* La Bataille de Pharsale, roman (Minuit, 1969).
* Orion aveugle (Skira,  Les sentiers de la création, 1970).
* Les Corps conducteurs, roman (Minuit, 1971).
* Triptyque, roman (Minuit, 1973).
* Leçon de choses, roman (Minuit, 1975).
* Les Géorgiques, roman (Minuit, 1981 et  double, 2006).
* La Chevelure de Bérénice (Minuit, 1984).
* Discours de Stockholm (Minuit, 1986).
* L’Invitation (Minuit, 1988).
* Album d’un amateur (Rommerskirchen, 1988, tirage limité).
* L’Acacia, roman (Minuit, 1989 et  double  n°26, 2004).
* Photographies, 1937-1970, cent sept photos et texte de l’auteur (Maeght, 1992).
* Correspondance, Claude Simon et Jean Dubuffet, 1970-1984 (L’Échoppe, 1994).
* Le Jardin des plantes, roman (Minuit, 1997).
* Le Tramway, roman (Minuit, 2001).
* Œuvres. Le Vent – La Route des Flandres – Le Palace – La Chevelure de Bérénice – La Bataille de Pharsale – Triptyque – Discours de Stockholm – Le Jardin des Plantes. Édition établie par Alastair B. Duncan avec la collaboration de Jean H. Duffy (Gallimard,  Bibliothèque de la Pléiade, 2006).
* Archipel et Nord (Minuit, 2009).
* Quatre conférences (Minuit, 2012).
* Le Cheval (Editions du Chemin de fer, 2015).

Site de l'Association des Lecteurs de Claude Simon : http://associationclaudesimon.org