Philosophie


Jean-Louis Chrétien

L’Appel et la réponse


1992
Collection Philosophie , 160 pages
ISBN : 9782707314253
19.95 €


Depuis toujours d’autres voix se sont adressées à la nôtre, et le monde visible lui aussi l’a depuis toujours appelée et requise. Écoute et réponse ne peuvent se dissocier, car on ne peut vraiment écouter qu’en répondant. Mais qu’est-ce qu’écouter ? La voix ne porte l’esprit qu’en étant elle-même portée par le corps entier, elle met en œuvre tous nos sens dans un perpétuel et vif échange.
Comment penser l’entrelacs de la parole, de l’écoute et du regard ? Peut-il laisser hors jeu le sens fondamental qu’est le toucher ? Est-il vrai que, selon tous ses sens, le corps écoute ? À travers des analyses qui vont d’Aristote à la phénoménologie contemporaine, ce livre comporte une méditation de la beauté comme appel, une critique des pensées d’une “ voix intérieure ”, silencieuse et incorporelle, telle la “ voix de la conscience ”, et une description des fonctions du toucher dans notre rapport au monde.

‑‑‑‑‑ Table des matières ‑‑‑‑‑

Introduction – Chapitre I : L’appel et la réponse – Chapitre II : La voix visible – Chapitre III : L’autre voix – Chapitre IV : Le corps et le toucher

‑‑‑‑‑ Extrait de l’introduction ‑‑‑‑‑

 Il faut, disait Joseph Joubert, qu’il y ait plusieurs voix ensemble dans une voix pour qu’elle soit belle.  Et chaque fois qu’une voix, pour dire ce qui est, prend la parole, il y a en elle, comme le poids qui l’entraîne et la promesse qui la tient, la profusion bruissante de tout ce à quoi elle répond. Nous ne parlons qu’appelés, appelés par ce qui est à dire, et pourtant ce qui est à dire ne s’apprend et ne s’entend que dans la parole même. Nous ne brisons le silence que selon ses propres failles, lui-même en notre voix se brise et résonne, puisque ce qui nous le fait quitter ne pouvait qu’en lui seul habiter, et pourtant ce silence ne luit que de la lueur de la voix, car seule -elle l’entend et seule elle sait le garder. Il faut qu’un homme un instant se dresse dans la nuit pour que  le silence éternel de ces espaces infinis  apparaisse comme silence, d’être recueilli dans la voix qui le désigne. La voix qui donne voix, et jusqu’au silence même, ne s’est pas toutefois donnée elle-même à elle-même. Nous parlons pour avoir entendu, et ne cessant d’entendre, toute voix porte en elle plusieurs voix parce qu’il n’y a pas de première voix. Nous parlons toujours au monde, toujours déjà, toujours encore dans le monde, et l’initiative de la parole vient donc toujours lestée d’un passé, d’une charge aussi de parole qu’elle prend sur elle sans l’avoir constituée. Entre ma voix qui parle et ma voix que j’entends, vibre toute l’épaisseur du monde dont elle tente de dire le sens, ce sens qui l’a saisie, et comme happée, de façon immémoriale.


 




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