Romans


Hervé Guibert

Les Chiens


1982
40 pages
ISBN : 9782707306159
7.60 €


 Ce récit a été écrit en août 1981, dans des jours mauvais, dans l'éloignement de l'être aimé à qui il est dédié. Manière d'imploration, et élaboration d'une proposition future. Car cette écriture n'est pas l'effet d'une projection unique, elle prend aussi en charge le fond commun des fantasmes, le catalogue des figures, comme une introspection, une assimilation du désir de l'autre. 
Hervé Guibert

Angelo Rinaldi (L'Express, 30 avril 1982)

 (…) Le couple décrit dans Les Chiens se soumet à un rituel qui fera inévitablement songer à Histoire d’O. En fait, les deux hommes ici aux prises de toutes les manières qu'un entomologiste familier des combats d'insectes connaît bien, à défaut de les pratiquer, n'aspirent pas à la volupté de l'abjection chère à Pauline Réage. Ils cherchent, par le sang, à sortir d'un amour dont ils ne se sentent pas capables de soutenir jusqu'au bout les exigences sentimentales et quotidiennes. Ils se savent condamnés parce qu'ils n’ont pas de cœur. Et ils souffrent parce qu'ils ont, malgré cela, soif d'absolu. De même que les êtres rencontrés par un narrateur sans visage dans ses Aventures singulières.
Hervé Guibert, qui doit sans doute à Bataille sa rigueur, et une sécheresse aboutissant à un emploi onirique et chaste de l'obscène, suggère magnifiquement, en quelques phrases, l'explosion du sentiment catastrophique et insensé qui les transfigure, au carrefour de plusieurs voies : l'assassinat, la folie et la sainteté. 

Hélie Lassaigne (Libération, 14 mai 1982)

 En même temps que Les Aventures Singulières paraît un autre récit d'Hervé Guibert : Les Chiens. Cruel, violent, érotique, pornographique. Deux hommes, une femme : le narrateur imagine l'homme qu'il aime en train de faire l'amour à une femme. II met alors en scène un rituel dans la grande tradition sadomasochiste, tout en le pervertissant : un morceau de drap figurera un collier de chien à pointes retournées, le fouet sera un martinet pour enfant désobéissant. Chacun des deux hommes tient successivement le rôle de maître, celui d'esclave, de chien. Ces chiens qui, quelques pages plus loin, montrant les crocs, jappant, bavant, lèchent “ sans l'entamer ”, un long morceau de viande rouge, gonflée de sang, accroché entre les jambes du maître. Le récit s'achève sur une brève scène amoureuse du répertoire ménage-à-trois. À première vue donc, rien de très nouveau mais une reprise de thèmes extrêmement classiques de la littérature à lire d'une seule main. Pourtant ce qui pouvait nous paraître jusque là poncif ou image d'Epinal, ici nous émeut. Le tableau des chiens dévorant la viande n'est pas métaphore d'une triste pornographie ; il s'illumine au contraire d'un désir inscrit précédemment dans les scènes amoureuses. 

 




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