Romans


Hervé Guibert

Les Aventures singulières


1982
124 pages
ISBN : 9782707306135
9.75 €


 Ce pourrait être un roman, finalement, puisqu'il n'y a qu'un seul personnage, tout au long, qui en rencontre d'autres. Des errances, des effusions, des voyages, des coups de cœur. Mais il y a aussi des interstices, des sautes de temps entre les histoires, et ce sont plutôt les épisodes d'une vie arrachés à la longue trame du journal intime. Tout ce qui a fait exception au quotidien, dans un laps de trois ans, et qui l'a déséquilibré, menacé… 
Hervé Guibert

Hélie Lassaigne (Libération, 14 mai 1982)

Les chiens de Guibert ont des aventures bien singulières
Hervé Guibert raconte en deux livres sa vie, ses amours, ses mensonges et ses chiens.
 
 Selon l'aveu même d'Hervé Guibert, Les Aventures Singulières pourraient bien être un roman. “ Mais (...) ce sont plutôt les épisodes d'une vie arrachés à la longue trame du journal intime ”. Voilà qui donne le ton du livre, son ambiguïté. L'autobiographie ne parle pas d'un auteur mais d'un personnage, dont les aventures sont peut-être imaginaires, en tout cas amoureuses. Amour du jeune prostitué de la gare de Florence, d'un enfant voisin d'hôpital ou d'une star oubliée. Amour qui se traduit principalement de deux façons : les présents et l'écriture. Le premier récit du livre est à cet égard exemplaire : le narrateur y échange des lettres d'amour contre un sac de vêtements et lorsqu'il lit Salammbô, chaque mot rare le fait penser à l'être aimé “ j'aurais voulu le passer, comme une caresse, sur tes lèvres, sur ton corps ”.
Quand Hervé Guibert laisse négligemment glisser une expression recherchée comme un bonbon acidulé, c'est à toi, lecteur de la savourer. Lorsqu'il souhaite appâlir sa carnation, c'est autant pour séduire A. que pour effleurer ta joue. C'est sans doute pour cela que l'éventuelle insincérité de l'auteur ne gâche pas l'autobiographie.
Ainsi dans le dernier récit du livre, le narrateur décrit la maison d'une star vieillissante dont la chambre d'amour est agrémentée d'une salle de bains qui laisse rêveur : la baignoire transparente est encastrée dans un aquarium où serpentent des murènes. Qu'importe si le détail est réel, l'authenticité qu'il instaure est celle de Sunset Boulevard.
En d'autres termes la réalité de l'auteur rejoint la fiction du lecteur. Les mensonges (y en a-t-il tant après tout ?) de l'autobiographie la rendent nôtre. Sensation accentuée d'ailleurs par son aspect fragmentaire : il est plus facile de se reconnaître dans des bribes que dans une continuité.
En même temps que Les Aventures Singulières paraît un autre récit d'Hervé Guibert : Les Chiens. Cruel, violent, érotique, pornographique. Deux hommes, une femme : le narrateur imagine l'homme qu'il aime en train de faire l'amour à une femme. II met alors en scène un rituel dans la grande tradition sadomasochiste, tout en le pervertissant : un morceau de drap figurera un collier de chien à pointes retournées, le fouet sera un martinet pour enfant désobéissant. Chacun des deux hommes tient successivement le rôle de maître, celui d'esclave, de chien. Ces chiens qui, quelques pages plus loin, montrant les crocs, jappant, bavant, lèchent “ sans l'entamer ”, un long morceau de viande rouge, gonflée de sang, accroché entre les jambes du maître. Le récit s'achève sur une brève scène amoureuse du répertoire ménage-à-trois. À première vue donc, rien de très nouveau mais une reprise de thèmes extrêmement classiques de la littérature à lire d'une seule main. Pourtant ce qui pouvait nous paraître jusque là poncif ou image d'Epinal, ici nous émeut. Le tableau des chiens dévorant la viande n'est pas métaphore d'une triste pornographie ; il s'illumine au contraire d'un désir inscrit précédemment dans les scènes amoureuses. 

Évelyne Pieiller (Le Monde, 1982)


 Ces aventures singulières sont à la croisée du souvenir et de la fiction. À l’exception d'un seul, ces brefs récits se disent à la première personne du singulier précisément et explorent des moments de l'histoire du narrateur où s'échange le désir amoureux et le désir d'écriture. 

Jean-François Josselin (Le Nouvel Observateur, 22 mai 1982)

 Les Aventures singulières évoque des rencontres et des voyages, des envies et des répulsions, des cauchemars et cette abstinence amoureuse qui est parfois plus excitante encore que l'assouvissement de l'amour. 

 




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