Paradoxe


Maxime Decout

Eloge du mauvais lecteur


2021
160 pages
ISBN : 9782707346629
16.00 €


Tout lecteur s’est un jour inquiété de ceci face à un texte : comment bien lire ? Il est étonnant que personne ne se demande comment mal lire. C’est pourtant loin d’être une évidence. Il faut de l’art, de l’adresse, de la ruse pour pratiquer une mauvaise lecture véritablement inspirée. Une fois cela admis, vous cesserez de faire uniquement de la lecture une expérience de l’interprétation objective, de la collaboration avec le texte, de l’ordre, de la patience, de la concentration. Laissez-vous envahir par vos passions, laissez flotter votre attention, lisez de travers, sautez des pages. C’est ainsi que vous transformerez ce que vous lisez pour le réinventer. Vous en conviendrez alors : la mauvaise lecture est souvent une excellente manière de lire.

ISBN
PDF : 9782707346643
ePub : 9782707346636

Prix : 11.99 €

En savoir plus

Lire l'article de Christine Marcandier, Maxime Decout : "Mal lire n'est pas plus évident que bien lire", Diacritik, 15 février 2021


Patrick Kéchichian, Revue des deux mondes, avril 2021

Ne craignez plus d’être un mauvais lecteur…

Proposer une lecture juste, mesurée et pertinente du livre de Maxime Decout, ce serait, d’une certaine façon, lui faire offense. Mais au lieu de raisonner ainsi, préparez-vous à renverser la vapeur… La bonne lecture est une chimère, un idéal étroit et suspect, alors que la mauvaise, elle, est d’une fécondité réjouissante. Et c’est précisément ce que l’auteur démontre, avec une dextérité ironique et savante, nourrie de sûres références et d’un sens aigu (parfois trop) de la catégorisation. Engagé sur des voies parallèles, un peu à la manière de son voisin de collection Pierre Bayard (qu’il cite d’ailleurs à plusieurs reprises), Maxime Decout n’en est pas à son coup d’essai. Il a déjà exploré, en une sorte de trilogie, les domaines littéraires voisins, souvent clandestins ou ignorés : la mauvaise foi, puis l’imitation, l’imposture enfin. On pourrait se dire, avec angoisse : mais que reste-t-il de la littérature après de tels soupçons, après ces enquêtes et dénonciations ? Rassurez-vous, elle n’est pas défaite, on peut même dire que, de ces enquêtes, elle sort enrichie, approfondie, heureusement complexifiée comme on dirait aujourd’hui…
« Comment donc se tailler la part belle dans le texte d’un autre ? » C’est peut-être la question centrale, qui remet le lecteur, non plus critiques 180 AVRIL 2021 AVRIL 2021 dans les marges ou les annexes du texte qu’il lit, mais à sa vraie place, au centre, à égalité avec l’auteur en quelque sorte. Certes, c’est au XXe siècle que le « mauvais lecteur » prend substance, mais pas de rien : c’est un héritier. De Don Quichotte, par exemple, dont l’esprit fut égaré par la lecture trop passionnée des romans de chevalerie. Et puis, plus près de nous, de la malheureuse Emma Bovary, consommatrice enivrée de romans sentimentaux. D’une certaine façon, l’homme de la Mancha et la bourgeoise normande se sont approprié les textes, en ont fait leur bien propre. Et si le héros de Cervantès « avait su mieux lire », le roman n’aurait simplement pas existé ! L’essayiste a assurément raison d’évoquer un « autoérotisme mental ». « Lecture et onanisme ? Deux plaisirs solitaires, qu’on s’accorde en cachette », dit-il. Mais ce n’est pas toujours du plaisir que l’on se donne en lisant… Ainsi de certains premiers lecteurs des Souffrances du jeune Werther, subjugués, intoxiqués par le roman de Goethe, poussés au suicide par mimétisme. La « lecture par empathie » peut donc mener au pire. Dans certains cas extrêmes, cela peut même rejoindre et exaucer le « fantasme inavouable » de l’auteur qui rêve d’agir sur l’esprit, et même sur la vie de son lecteur. Belle envolée de l’essayiste sur ce thème, page 142…
Cependant, tout n’est pas noir ou désespéré, loin de là, dans les divers itinéraires que décrit Maxime Decout, qui n’hésite pas à nous sermonner, mais toujours pour notre bien : « Vous devez reconnaître plus que jamais que la mauvaise lecture est un processus créatif en tant que tel et qui éclaire, à sa manière, la dimension créatrice de toute lecture. » Dans une parenthèse du Livre à venir (1959), Maurice Blanchot écrivait : « Le livre n’est pas fait pour être respecté… », ajoutant aussitôt : « … “le plus sublime chef-d’œuvre” trouve toujours dans le lecteur le plus humble la mesure juste qui le rend égal à lui-même ». Et d’ailleurs, pourquoi obéir à « l’ordre du texte », pourquoi ne pas s’autoriser son « démantèlement » ? Pour contourner, ou contester, la « déférence » qui lui serait due, pour ne pas « obtempérer » face à celui-ci, lisez le « nez en l’air », survolez le texte, folâtrez en lui à votre guise. Car « le mauvais lecteur rompra les digues et soumettra le texte à cette déferlante », celle de son désir, de son fantasme, ou de ses caprices. « Mettre un livre sens dessus dessous » deviendra un acte heureux et vous en tirerez des bénéfices inattendus. La mauvaise lecture, peu à peu, devient une catégorie, un genre, un univers, une machine à la « productivité vertigineuse et presque infinie ». Cela peut même donner des ailes au critique. En face, à l’opposé, le « Lecteur Modèle » (que Maxime Decout dote de majuscules qui ne l’honorent guère), par l’étroitesse de son esprit, passe piteusement à côté de « tout cet ensemble de dérapages signifiants »
L’ouvrage s’attache aussi, légitimement, à repérer les bénéfices de cette thématique, dans ses dimensions heureuse ou haineuse, dans des œuvres diverses, de Henry James (Les Papiers de Jeffrey Aspe), Vladimir Nabokov (Feu pâle) ou Roberto Bolaño (2666), à Pierre Senges (Fragments de Lichtenberg), Éric Chevillard (L’Œuvre posthume de Thomas Pilaster) ou Tanguy Viel (Cinéma, La Disparition de Jim Sullivan et Icebergs).
À la fin, on voudrait simplement faire le même aveu que Montaigne, évidemment cité par Maxime Decout: « Là, je feuillette à cette heure un livre, à cette heure un autre, sans ordre, et sans dessein, à pièces décousues. »

 

 




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