Forces vives


Le Corbusier

Un couvent de Le Corbusier


1961
Collection Forces vives , 144 pages, 125 illustrations
ISBN : 2.7073.1345.2
19.00 €


Le couvent dominicain de la Tourette, au-dessus de L’Arbresle, près de Lyon, est le seul couvent que Le Corbusier ait construit. En 1961, quand paraît ce livre aujourd’hui réédité, l’édifice est juste achevé : les dallages ne sont pas posés, l’église n’a pas reçu ses stalles ni les terrasses leurs prairies, et l’ensemble est d’une blancheur qui a quelque peu passé. Le lecteur retrouve à l’état neuf, avec une qualité d’images guère égalée depuis, une œuvre des plus marquantes de ce temps.
Ce livre est aussi un recueil de documents : traces du face-à-face de Le Corbusier et du Père Couturier où, d’une amitié, naît ce projet, croquis du premier jour et maquette de travail, extraits du journal de chantier et photos de la construction, propos de l’architecte pris sur le vif lors de ses entretiens avec les frères... On y trouve encore les images d’un monde disparu : les rites et les coutumes qui marquaient alors, dans une communauté dominicaine, la prière et l’étude, la vie commune et le silence, ces fondements permanents de la vie des Frères Prêcheurs ; bref, le portrait de ceux pour qui ce couvent fut bâti, ce qui permet d’en comprendre pleinement l’architecture. Et l’on voit se tisser de subtiles correspondances entre ce monde austère et joyeux et “ le jeu savant, correct et magnifique des volumes assemblés sous la lumière ”, selon la définition corbuséenne de l’architecture.
Images du passé, dans un couvent toujours bien vivant. Les Dominicains des années 90 ne se prosternent plus en chape devant l’autel, mais la prière rythme encore leurs journées ; ils ne mangent plus en silence, mais font table commune avec leurs hôtes. Le “ studium ” où les jeunes passaient sept ans sans guère sortir a ouvert ses portes : architectes du monde entier, artistes, touristes, groupes les plus divers, chrétiens ou autres en quête d’expérience et de réflexion dans l’“ Espace spirituel ” – ou le “ Centre Albert le Grand ”, chercheurs et praticiens des sciences humaines dans les débats du “ Centre Thomas More ”, Latino-américains à l’“ Espace Barthelémy de Las Casas ”... sont accueillis tour à tour dans une architecture qui n’a rien perdu de sa force et où, passé le choc de la première rencontre, il fait beau vivre.

Le 19 octobre 1960, au cours de l’inauguration du couvent Sainte-Marie de la Tourette à Eveux-sur-L’Arbresle, près de Lyon, Le Corbusier rappelait aux dominicains les paroles du défunt Père Couturier, commanditaire de l’œuvre : “ Corbu, c’est un truc pour vous, une chose à l’échelle humaine. ” Lorsqu’il avait demandé à Le Corbusier en 1952 de concevoir le projet d’un couvent, le Père Couturier avait choisi un architecte qui, bien que n’appartenant pas à l’église catholique, avait “ suffisamment le sens du mystère ” pour accomplir cette mission. Le Corbusier, n’avait-il pas écrit dans son Entretien avec les étudiants des écoles d’architecture : “ s’adonner à l’architecture, en ces temps-ci de translation d’une civilisation déchue dans une civilisation nouvelle, c’est comme entrer en religion, c’est croire, c’est se consacrer, c’est se donner. ”
Ce livre reprend l’histoire de ce couvent depuis son projet, jusqu’à sa réalisation. Il reproduit aussi bien les plans, la maquette, le journal de chantier que la réflexion de l’architecte : “ J’ai essayé, écrit Le Corbusier, de créer, à l’Arbresle un lieu de méditation, de recherche et de prière pour les frères prêcheurs. Les résonances humaines de ce problème ont guidé notre travail. Aventure inattendue, tout comme celle de Ronchamp... J’ai imaginé les formes, les contacts, les circuits qu’il fallait pour que la prière, la liturgie, la méditation, l’étude se trouvent à l’aise dans cette maison. Mon métier est de loger les hommes. Il était question de loger des religieux en essayant de leur donner ce dont les hommes d’aujourd’hui ont le plus besoin : le silence de la paix. Les religieux, eux, dans ce silence placent Dieu. Ce couvent de rude béton est une œuvre d’amour. Il ne se parle pas. C’est de l’intérieur qu’il vit. C’est à l’intérieur que se passe l’essentiel. ”

 




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