Paradoxe


Peter Szendy

Pour une écologie des images


2021
96 pages
ISBN : 9782707347442
14.00 €


Comment entendre le projet d’une écologie des images ? Lorsque Susan Sontag l’ébauche pour la première fois à la fin de son ouvrage de 1977 sur la photographie, il résonne comme une exhortation à la vigilance face au débordement d’images qui menace d’engloutir notre capacité de voir. Plus récemment, derrière ce souci d’une économie de l’attention, une autre inquiétude a percé, concernant cette fois les retombées environnementales de la circulation et du stockage des images numériques.
Cet essai tente d’explorer une troisième voie : sous l’immédiateté du visible, il s’agit de laisser affleurer les temporalités dissonantes et les vitesses contrastées qui font la tension, le ton des images dans leur venue à l’apparaître. Non seulement celles qui furent faites de la main de l’homme, mais aussi toutes les autres, depuis les infinies variations mimétiques du règne animal jusqu’aux vues produites par les machines ou le divin.
Le chemin parcouru conduit de l’histoire de l’ombre (elle commence avec Pline) jusqu’à ce que Bataille aurait pu appeler une iconomie à la mesure de l’univers. En cours de route, on s’arrête sur l’iconogenèse selon Simondon, la mimétologie de Caillois, les papillons de Nabokov, le ralenti d’Epstein, une gravure de Hogarth et le développement de la photographie aérienne.
P. Sz

ISBN
PDF : 9782707347466
ePub : 9782707347459

Prix : 9.99 €

En savoir plus

Laurent de Sutter, Focus vif, 16 décembre 2021

On aime Peter Szendy. On l'aime parce qu'il a la délicatesse chevillée à la phrase, la prudence à la pensée et l'élégance au corps. On l'aime aussi parce que, de livre en livre, il est en train de constituer une des œuvres philosophiques les plus singulières, presque excentriques, de notre temps. C'est une œuvre faite de petites briques discrètes, explorant l'air de rien des sujets secondaires (de l’esthétique de l’espionnage aux tubes, des relations entre Emmanuel Kant et les extraterrestres à la théorie de la ponctuation, du fond apocalyptique du cinéma aux romans d’Herman Melville), mais charriant au fil de ses pages, un tremblé conduisant à tout remettre en cause. Pour une écologie des images, dont le titre, très programmatique, pourrait donner à croire que Szendy se serait mis sur le tard à la philosophie balourde, appartient en plein à ce travail éclaté et plein de tact. Déambulant du cinéma de Jean Epstein aux gravures de William Hogarth, des photos d’Imre Kinszki (qui était son grand-oncle) au Peter Schlemihl de Adelbert von Chamisso, ou de la théorie de la néoténie des images chère à Gilbert Simondon à la « mimétologie » de Roger Caillois, il propose une réflexion sur ce qu’on pourrait « la limite du visible ». Cette limite, explique Szendy, est celle du temps. Car avant d’être une représentation ou une reproduction, une image est une composition hétéroclite et contradictoire de temporalités : le temps des objets qui y figurent, celui des individus qui les prennent ou dessinent, celui du monde où les uns comme les autres se déploient, et ainsi de suite. À l’heure où toutes ces temporalités se retrouvent écrasées sous la seule exigence d’une économie de l’attention normée par le numérique, nous avons donc besoin d’une nouvelle écologie des images, qui nous réapprenne à y voir toutes les temporalités qui s’y jouent et donc aussi tous les êtres, au-delà des humains, sans lesquels elles ne seraient d’aucun monde.

 




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