Le sens commun


Émile Benveniste

Pouvoir, droit, religion. Le Vocabulaire des institutions indo-européennes II

Sommaires, tableau et index établis par Jean Lallot


1969
Collection Le sens commun , 344 pages
ISBN : 9782707300669
26.35 €


Dans cet ouvrage, la méthode linguistique comparative est employée à un dessein d’ensemble : l’analyse du vocabulaire propre aux grandes institutions dans les principales langues indo-européennes. Partant des correspondances entre les formes historiques, on cherche, au-delà des désignations, qui sont souvent très divergentes, à atteindre le niveau profond des significations qui les fondent, pour retrouver la notion première de l’institution comme structure latente, enfouie dans la préhistoire linguistique. On jette ainsi une lumière nouvelle sur les fondements de maintes institutions du monde moderne, dans l’économie, la société, le droit, la religion.

‑‑‑‑‑ Table des matières ‑‑‑‑‑

Livre 1 : La royauté et ses privilèges
Chapitre 1. Rex – Chapitre 2. Xšy- et la royauté iranienne – Chapitre 3. La royauté hellénique –Chapitre 4. L’autorité du roi – Chapitre 5. L’honneur et les honneurs – Chapitre 6. Le pouvoir magique – Chapitre 7. Krâtos – Chapitre 8. Royauté et noblesse – Chapitre 9. Le roi et son peuple

Livre 2 : Le droit
Chapitre 1. Thémis – Chapitre 2. Díké – Chapitre 3. Ius et le serment à Rome – Chapitre 4. *Med- et la notion de mesure – Chapitre 5. Fas – Chapitre 6. Le censor et l’auctoritas – Chapitre 7. Le quaestor et la prex – Chapitre 8. Le serment en Grèce

Livre 3 : La religion
Chapitre 1. Le sacré. Avestique - Spenta : yaoždāta. Latin. - Sacer : sanctus. Grec. - Hierós. Grec. - Hósios, hosíē. Grec. - Hágios – Chapitre 2. La libation. Sponsio. Libatio – Chapitre 3. Le sacrifice – Chapitre 4. Le vœu – Chapitre 5. Prière et supplication – Chapitre 6. Le vocabulaire latin des signes et des présages – Chapitre 7. Religion et superstition

Tableau des langues indo-européennes – Note bibliographique – Index des matières – Index des mots étudiés – Index des passages cités 

(Le Monde, 1969)

 De l’Inde à l’Écosse, de la Norvège à l’Iran, des millions d’hommes parlent sans se comprendre des langues qui toutes, pourtant, ont un ancêtre commun l’indo-européen. Langue préhistorique abstraite, située par hypothèse vers le troisième millénaire avant Jésus-Christ et reconstituée à partir des correspondances que l’on peut observer entre les diverses langues qui en sont issues. Certaines d’entre elles, comme le hittite, l’indien ou le mycénien, sont attestées dès le deuxième millénaire. D’autres ont fait une apparition plus tardive, comme le germanique (début de l’ère chrétienne), l’arménien ou le slave (premier millénaire après J.-C.) ou le baltique (entre 1000 et 1500 après J.-C.).
Au début du XIXe siècle, le linguiste allemand Franz Bopp, inventant la grammaire comparée – ou comme dit mieux l’allemand “ comparante ” –, a entrepris d’inventorier et d’analyser ces systèmes de correspondances et de “ reconstruire ” ainsi, autant que faire se peut, la langue disparue, en décrivant les processus d’évolution qui ont disloqué l’ancêtre commun. Processus puissants. Pas assez toutefois – et c’est là le “ miracle ” – pour qu’une grammaire comparée qui étudierait sans prévention les langues modernes ne puisse, pratiquement dans tous les cas, établir avec certitude lesquelles appartiennent et lesquelles n’appartiennent pas à la famille indo-européenne.
Après Bopp, mort en 1867, la grammaire comparée a continué de se développer, mais de façon assez empirique. L’originalité de Benveniste a été de réagir contre la pratique traditionnelle qui faisait de l’indo-européen un “ répertoire de symboles immuables ”. Il a voulu y voir au contraire une “ langue en devenir offrant dans ses formes les mêmes découvertes d’origine et de date qu’une langue historique ”. Il tente d’introduire la perspective historique dans l’étude d’une langue reconstruite et de ne pas réduire l’indo-européen à un catalogue de mots, mais d’en révéler les structures.
Rompant avec la tradition de l’étude étymologique, qui s’attache à l’évolution des formes, Émile Benveniste a analysé celle des sens et s’est efforcé de discerner les faits de civilisation dont les langues portent témoignage. C’est pourquoi il s’est particulièrement intéressé au vocabulaire désignant des faits institutionnels, qu’ils soient sociaux, familiaux, politiques, religieux ou culturels. Pour la première fois, une partie importante de ses travaux est rassemblée dans un ouvrage. 

(Bulletin des bibliothèques de France, 1969)

 Les linguistes connaissaient depuis longtemps les travaux lexicologiques du Pr Benveniste, publiés dans les revues spécialisées, mais le grand public n’avait guère le moyen d’en saisir tout l’intérêt. C’est chose faite avec cet ouvrage, dont on ne peut hésiter à dire qu’il soit des livres les plus importants parus en cours de ces dernières années dans le domaine en ce que l’on pourrait appeler la sémantique historique. Toute bibliothèque devrait le placer à côté des dictionnaires étymologiques. 

 




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