« Double »


Jean-Philippe Toussaint

L'Appareil-photo 

suivi de Pour un roman infinitésimaliste (entretien avec Laurent Demoulin)


2007
Collection de poche Double , 128 p.
ISBN : 9782707320056
5.60 €
* Première publication aux Éditions de Minuit en 1989.


Il y a quelques années j'ai essayé de faire une photo, une seule photo, quelque chose comme un portrait, un autoportrait peut-être, mais sans moi et sans personne, seulement une présence, entière et nue, douloureuse et simple, sans arrière-plan et presque sans lumière.

ISBN
PDF : 9782707327659
ePub : 9782707327642

Prix : 5.49 €

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Télérama/Rayon poche (10 octobre 2007)

Temps morts dans L'Appareil-photo, le narrateur de Jean-Philippe Toussaint est à la fois passif et obstiné, distant et facétieux. Pour ce troisième livre, paru en 1988, l'auteur retrouve l’ironie et la dérision de La Salle de bain, son premier roman, et s’appuie sur une intrigue d’une minceur apparente. Un homme entre dans une auto-école pour s’inscrire. Une jeune employée l’accueille avec patience et ne s’étonne pas de le voir revenir puis l’accompagner partout. La réserve, voire l’indifférence du personnage principal, se transformera peu à peu en résistance aux événements, minuscules mais agaçants, qui s’accumulent. La légèreté des situations va basculer dans la gravité. L’Appareil-photo est un roman à la fois secret et très désinvolte, précise l’auteur dans un entretien passionnant que l’éditeur ajoute au livre en guise de postface. Ce livre obsédant décrit le banal de la vie, ses « temps morts ». Sa virtuosité, son humour en font un roman radical sur l’angoisse devant le temps qui passe et que ni l’écrivain ni l’humain ne peuvent fixer comme on immobiliserait l’extrémité d’une aiguille dans le corps d’un papillon vivant.

Pierre Lepape (Le Monde, 6 janvier 1989)

« Tout se passe comme si la première partie du roman (la réduction de la matière romanesque à quelques bribes souriantes d'une histoire sans histoire) n'était que l'illustration d'une philosophie minimaliste de la vie, dont la seconde partie ferait apparaître l'envers dramatique : le héros de Toussaint, comme le Pierrot de Queneau, est un être hypersensible, blessé par la moindre agression et qui cherche, sans vraiment y parvenir, à vivre moins pour vivre moins mal.
Dire que L'Appareil-photo est un livre superficiel, c'est donc simplement rendre compte de l'ambition et de la réussite d'un projet qui envisage de dire le plus secret et le plus subtil de l'angoisse humaine sans recourir aux artifices de la profondeur. Les surfaces de Toussaint, ses photomatons surexposées cherchent tout bonnement à saisir les frontières floues et mouvantes entre le désir de vivre et ]a peur de souffrir, entre la quiétude du sommeil et l'immobilité de la mort. Le livre se termine ainsi : “ Je regardais le jour se lever et songeais simplement au présent, à l'instant présent, tâchant de fixer encore une fois sa fugitive grâce – comme on immobiliserait l'extrémité d'une aiguille dans le corps d'un papillon vivant. Vivant. ” »

Jacques de Decker (Le Soir, 1989)

« Il y aurait une histoire de la littérature à écrire qui énumérerait les premières fois que certains fragments de réalité ont été saisis, cadrés par elle. Ainsi, cette expérience devenue si commune aujourd'hui de ne pas obtenir, dans une cafétéria de gare ou d'aéroport, dans une cantine de bateau ou dans un train, le récipient adéquat pour une boisson. Déguster un vin frais dans un verre véritable, de préférence un verre à pied, est un droit imprescriptible de l'homme. Il se trouve chaque jour bafoué dans ces établissements où il est convenu qu'un gobelet en matière indéfinissable peut servir à consommer n'importe quel breuvage.
Cette mésaventure survient au protagoniste du nouveau roman de Jean-Philippe Toussaint. Elle est dérisoire, elle prête d'ailleurs à rire, et est le prétexte de l'un des gags du livre, mais dans le même temps elle illustre le type d'émotion très rare que L'Appareil-photo procure de bout en bout : celui de la formulation précise, détachée mais criante de pertinence, d'un échantillon de réel jamais repéré jusqu'ici, et passé au crible du langage. Jean-Philippe Toussaint avance d'un pas sûr, de roman en roman. Dans cet opus troisième, il atteint le stade du parfait équilibre, digne d'un maître oriental, entre l’observation, la restitution de cette perception et la méditation que ces deux premières démarches engendrent. Et le glissement poignant, qui est toute la mouvance du livre, sa dynamique propre, va d'une drôlerie un peu flottante, toute de distance ironique vers une sorte de gravité légère, et débouche sur une image finale belle comme une toile de Hopper.
Il faut imaginer, à la fine pointe de l'aube, lorsque le jour ne se signale que par une fine ligne à l'horizon, une cabine téléphonique en plein champs, à l'exact croisement de quatre routes, à quelques kilomètres d'Orléans, en cet endroit de France où l'on croit encore que la terre est plate. Dans cette cabine, un homme jeune assis adossé à la porte vitrée, qui attend dans la quiétude que la femme à qui il a dit “ je vous aime ” le rappelle. Il se doute bien qu'elle s'est rendormie. Il n'est pas inquiet, il s'imprègne seulement de l'intense vacuité de l’instant. L'heure de la sensation vraie, dirait Handke. L'heure où l'on peut vivre, où il n'est même pas nécessaire de le tenter, où l'être monte en soi comme une sève. C'est d'une clarté, d'une limpidité, d'une fraîcheur, d'une évidence superbes. »

Jacques-Pierre Amette (Le Point, 16 janvier 1989)

« Surgi en septembre 1985, Toussaint est devenu célèbre par un mince récit : La Salle de bain. Ce Bruxellois racontait les aventures d'un jeune homme élégant, transparent, décalé, distrait, improbable, sophistiqué. Il installait une bibliothèque dans sa salle de bain et des ouvriers polonais dans sa cuisine. Le livre faisait un curieux détour par Venise.
Une certitude, le ton était d'une originalité absolue : la rencontre de Buster Keaton dans un décor de film de Roman Polanski. Grosse impression sur la critique ; 55 000 exemplaires vendus et surtout, un accueil international unanime. Les grands pontes de la critique littéraire européens consacrent leurs colonnes à cet inconnu, comme s'il avait accompli dans l'art romanesque une petite révolution copernicienne.
Devenu le Musset de cette génération post-moderne, Toussaint publie en 1986 un second livre décevant, Monsieur, œuvre transitoire. Aujourd'hui, son troisième livre est une réussite spectaculaire. Dans L'Appareil-photo, Toussaint se joue de toutes les difficultés. Son registre, c'est une ironie féroce, oblique, pascalienne. Ici encore, on retrouve un narrateur lunaire et circonspect, Major Thompson égaré dans un supermarché à la tombée du jour. Il suffit d'une rencontre avec une jeune fille qui tricote dans une classe d'auto-école pour qu'une cascade d'incidents troublants ou burlesques fasse chavirer le lecteur dans un bonheur à l'état pur. Il suffit qu'un couple se promène avec une bouteille de Butagaz, qu'un touriste oublie un Instamatic sur une banquette de ferry-boat, qu'un voyageur rate son train dans la gare d'Orléans-les-Aubrais pour que tout déraille, délire, disjoncte divinement. Toussaint devient un Mozart farceur dans une comédie beckettienne. »

 




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